Infodémie : beaucoup de bruit pour rien

90 % des personnes interrogées ne croient aucune de cinq fausses informations véhiculées par internet et qui leur étaient soumises. C’est le résultat éloquent d’une des rares études qui mesurent l’impact de l’infodémie, alors que des centaines d’articles et de wébinaires l’étudient sous toutes les coutures…. sans évaluer son influence réelle.

Mis à mal par le gouvernement chinois devant lequel on l’accusait de s’incliner, critiqué pour avoir tardé à déclencher l’alerte sur la pandémie naissante du Covid-19, le Directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a trouvé le 25 février 2020 un terrain sur lequel prendre l’initiative. Il annonça que « nous ne combattons pas seulement une épidémie, nous combattons une infodémie« , terme qui désigne la diffusion rapide et massive d’informations sur internet, ajoutant « c’est tout aussi dangereux« . Une affirmation forte, qui a ouvert la vanne d’un flot de travaux et a même mené le bureau Afrique de l’OMS a organiser des ateliers de formation de « gestionnaires de l’infodémie ». Mais une affirmation qui ne reposait sur aucune étude. Et, curieusement, parmi les centaines de travaux publiés depuis près de deux ans sur cette infodémie, quasiment aucun ne porte sur son impact sur la population… pourtant la seule question intéressante du point de vue de la santé publique.

J’en ai trouvé deux.

La première étude a été conduite en Grande-Bretagne, en Irlande, aux USA, en Espagne et au Mexique, en avril et mai 2020 par une équipe de l’université de Cambridge. 7,43% des répondants pensaient que respirer de l’air chaud pouvait tuer le virus et 16 % que la 5G pouvait rendre plus sensible au virus, mais si les auteurs estiment « qu’il y a un lien clair entre la croyance en des fausses informations et l’hésitation vaccinale » [expression que je critique] ils ajoutent « la causalité peut être à double sens : être opposé à la vaccination peut amener les gens à croire davantage à des fausses informations« . Corrélation ou causalité ? S’il s’agit d’une causalité, quelle est la cause et quelle est la conséquence ? Nous attendons la réponse.

La seconde étude a été menée par Reuters Institute et l’université d’Oxford en avril 2021 en Argentine, au Brésil, en Allemagne, au Japon, en Corée du Sud, en Espagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Les chercheurs ont soumis cinq fausses informations sur les vaccins contre le COVID-19 véhiculées par internet à des panels dans ces huit pays : plus de 90 % des répondants n’en croyaient aucune. Ils ont, par ailleurs, mis en évidence que la population a très largement davantage confiance dans les médias que dans les réseaux sociaux pour s’informer sur le Covid-19.

Les Français sont tous exposés aux mêmes rumeurs sur les vaccins contre le Covid-19. Pourtant alors que 93 % de la population éligible a reçu au moins une dose sur l’ensemble du pays, c’est le cas de 47 % seulement en Guadeloupe, où des manifestations massives et des émeutes ont eu lieu et où, d’après la presse, les opposants reprennent en boucle ces rumeurs. Pointer du doigt les rumeurs, sous-entendu la stupidité de ceux qui les croient, est commode. Mais qui pensera sérieusement que des rumeurs sur les vaccins ont provoqué la situation actuelle dans les Caraïbes françaises ? Elles peuvent en avoir été l’étincelle, en admettant que ce ne soit pas les déclarations gouvernementales qui aient joué ce rôle, mais l’explosif est à chercher ailleurs, dans un vécu d’injustice sociale, un sentiment de mépris de la part de Paris, la constatation d’un abandon des services publics.

Les rumeurs et les idées fausses circulaient avant internet. Les réseaux sociaux ne font qu’en faciliter et accélérer la diffusion… au même titre que celle des informations exactes. Les oppositions, parfois violentes, à des mesures de santé publique et à des campagnes de vaccination ne sont pas nouvelles (voir mon article « Vacciner c’est convaincre« ). Il faut en comprendre les causes, qui se trouvent dans les représentations de la population sur les mesures de santé publique (vaccins, gestes barrières…) mais aussi sur les promoteurs de ces mesures de santé publique.

Se concentrer sur la circulation d’idées fausses, c’est tourner le dos à la population réelle.

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